«Salut camarade belge!» A peine arrivés en gare de
Bruxelles-Léopold, 700 cheminots français entament une bronca du diable, sous les yeux un rien blasés de quelques policiers. C'est déjà le troisième train spécial en provenance de France. Trois autres suivent à quelques minutes près. Tous ne transportent que des cheminots. Roulement strident des sifflets, calicots rouges brandis, incontournable refrain «Tous ensemble!» entonné à pleins poumons: le scénario se répète à chaque arrivée. Deux heures plus tard, les cheminots français se ruent sur les trains de retour, la banderole pendouillante. Hier, sous les bourrasques de neige glaciale, la manifestation européenne des cheminots, organisée à Bruxelles, a tourné court. Les 2 à 3 000 manifestants au lieu des 10 000 annoncés par les organisations syndicales se sont dispersés dans le désordre.
A l'appel de la fédération des syndicats des transports (FST), les cheminots de l'Europe des Quinze s'étaient donné rendez-vous pour manifester contre la publication, cet été, d'un livre blanc de la Commission européenne. Sous le titre «Revitalisation des chemins de fer communautaires», ce dernier prône la libéralisation du secteur avec l'ouverture de «corridors» libres sur plusieurs grands axes du nord au sud. Le document, soulignant les déficits chroniques des réseaux, insiste: «Les chemins de fer doivent être exploités sur une base commerciale.» Les cheminots ont compris: adieu service public. «Il n'y a guère que le titre du livre qui




