Dans le hall, un blondinet joufflu d'une dizaine d'années s'applique
à signer le livre d'or: «On espère que Renault restera ouvert pour pouvoir continuer à bouffer nos tartines.» Hier, les 3 100 salariés belges de Renault sont venus en famille investir les locaux de l'usine occupée depuis l'annonce de sa fermeture, le 27 février. Les enfants ont imité leurs parents et revêtu des casques de chantier et des tuniques de plastique rouge ou vert selon leur syndicat (vert pour les chrétiens, rouge pour les socialistes, bleu pour les libéraux). Les mères ont parfois coincé des pancartes dans les poussettes. Puis la foule s'est dirigée tranquillement vers la place de la mairie de Vilvorde, lieu de la manifestation organisée par une poignée de jeunes, les syndicats et la municipalité.
«35 000 habitants, 22 000 emplois», souligne le libéral Willy Cortois, maire de cette ville industrielle en terre flamande, dans la banlieue nord de Bruxelles. «Renault, c'est dur psychologiquement, mais ce n'est pas un coup mortel.» Malgré les bâtiments de brique rouge qui tombent en ruine un peu partout (l'ancienne minoterie, une cokerie, une usine de biscuits fermée par des Français"), la commune s'est recentrée sur des PME du tertiaire. Et sur les 3100 salariés de Renault, seulement 145 résident dans la ville. Les ouvriers viennent parfois de loin, comme Belly, 36 ans. Cet ouvrier préposé à la peinture des carrosseries parcourt tous les jours près de 75 kilomètres depuis la province de Liège: «Je me




