A moins d'un kilomètre de l'aéroport de Port-au-Prince, en bordure
d'une rue défoncée, des rangées de soutiens-gorge et de petites culottes séchant au soleil barrent l'horizon. Ces sous-vêtements, tout juste sortis des ateliers de Chancerelles, ne sont pas destinés aux beautés locales. La femme haïtienne se contente généralement de «pépères», vêtements d'occasion en provenance des collectes caritatives et des surplus, déversés par pleins ballots sur les marchés des bidonvilles.
Non, ces articles vont prendre le chemin des Etats-Unis, pour finir sur les étals de J.C. Penney, une chaîne américaine de grands magasins et celles qui vont les acheter ignorent sans doute que les étiquettes Shuly's ou Elsie, marques de gamme moyenne à prix modéré, cachent des produits «made in Haïti». Et que sur un soutien-gorge vendu 150 francs, la part de la couturière ne dépasse pas 30 centimes.
353 machines. Les ouvrières de Chancerelles SA, filiale haïtienne de la firme américaine Fine Form, de Brooklyn, ne sont pourtant pas les plus à plaindre, à en croire un de leurs contremaîtres, Franz Charles. «Chez nous, toutes gagnent davantage que le minimum légal», démontre-t-il, rôle des salaires à l'appui. «Nous employons une centaine de permanentes, qui sont souvent ici depuis plus de dix ans, vous voyez bien qu'elles s'y plaisent. Il y a 353 machines à coudre. Au gré des commandes, nous embauchons 100 ou 150 ouvrières supplémentaires, dans la famille ou parmi les relations des titulaires. Nous ne manq




