François Godement est chercheur à l'Institut français des relations
internationales (Ifri) et spécialiste des pays asiatiques.
Le krach boursier en Asie est-il un phénomène profond ou superficiel?
Il est profond, et son essence n'est pas exclusivement économique. On a vu éclater des bulles financières un peu partout, au Japon où elle n'est pas entièrement résorbée ou bien en France dans les domaines immobilier et boursier. Mais ces bulles n'ont pas conduit à des crises aussi dramatiques qu'en Asie, car les gouvernements concernés ont été capables de les contenir et de les organiser, au prix bien sûr d'une croissance lente. A l'inverse, la crise actuelle en Asie du Sud-Est, qui touche de plein fouet la Thaïlande, la Malaisie et l'Indonésie, est internationale, explosive et non contrôlée. Il s'agit plutôt d'une crise d'organisation, liée à l'absence complète de concertation économique entre ces pays, aux très faibles mécanismes de soutien mutuel, et au fait que ces économies dépendent trop du dollar américain et des marchés exportateurs. En raison de l'absence de règles financières et bancaires, il est quasiment impossible d'imposer une discipline. Ces pays prennent conscience dans la panique qu'ils n'existent pas en tant que région économique, qu'ils sont entièrement soumis aux forces extérieures. Cette crise est donc propre à des pays fortement exportateurs?
Ce sont des pays qui n'ont même pas la maîtrise de leurs marchés" Qui n'ont en fait de maîtrise sur rien. C'est un sy




