Sur les quais de Radicatel, à Lillebonne, tout près du Havre, 34
salariés vivent dans un no man's land. Pas payés, pas licenciés et sans activité: depuis plusieurs mois, ils se rendent tous les jours à leurs bureaux pour rien. Employés d'une société irlandaise en liquidation judiciaire, le droit français les ignore. Pas d'argent côté irlandais. Pas d'indemnités côté français. Entre les deux, un bel imbroglio juridique et un manque certain d'Europe sociale. Ce matin, excédés, les salariés et leurs familles ont occupé le palais de justice du Havre. Jeudi, ils assigneront leur entreprise devant les prud'hommes. Liquidation. Ces 34 personnes, des administratifs, des manutentionnaires, deux dockers, travaillent depuis dix, parfois même vingt ans, pour la société de transports maritimes Bell Lines (600 employés en Europe), implantée en France depuis 1975, essentiellement au Havre, mais aussi à Paris et à Strasbourg. A l'origine, Le Havre devait être juste un comptoir. Par conséquent, bien qu'enregistré au registre du commerce, l'établissement n'est pas une filiale, mais une succursale, Bell Lines Limited, sans personnalité morale française (et donc sans obligation de publier ses comptes). Au fil des ans, les affaires se sont développées, (24 000 conteneurs transportés en moyenne par an: petits pois, ordinateurs, whisky...), sans que le statut de l'établissement soit revu. Au reste, personne ne s'en soucie puisque tout va bien. Mais en février 1997, tout s'est brutalement dégrad




