Vendredi matin, Paul Ricard ne s'est pas réveillé. «Il n'était pas malade, juste des ennuis de personnes âgées», dit son entourage. Une mort douce en somme, pour un vieux monsieur de 88 ans dont la création symbolisait tout un art de vivre: le pastis de Marseille. Depuis longtemps il avait abandonné la gestion des affaires courantes. En 1968, sur un de ses légendaires coups de tête, il passait les rênes à son fils aîné, Bernard. Pourfendeur inlassable de l'administration et de ses contrôles tatillons, le patron colérique et autoritaire entendait manifester son ras-le-bol de manière spectaculaire. Même si son départ fit grand bruit dans le monde patronal de l'époque, l'événement «ricardien» n'eut pas le retentissement souhaité" occulté par les émeutes de mai. Trente ans plus tard pourtant, la légende de l'empereur du pastaga est intacte. Sans doute parce que dans l'itinéraire de Paul Ricard on trouve tous les ingrédients d'une saga exceptionnelle.
Démarrage d'une petite distillerie sur fond de prohibition. Au départ était le vieil Espanet, ancien coiffeur reconverti dans le braconnage, la cueillette des plantes aromatiques et la fabrication artisanale de pastis.
Comme tout bon Provençal, cet ami de la famille Ricard bricolait son breuvage dans son garage, les alcools anisés étant interdits depuis 1915. C'était entre les deux guerres, et les ravages de l'absinthe avaient jeté la suspicion sur toutes les boissons à l'anis. La mixture d'Espanet, c'est la madeleine de Paul Ricard.




