Après avoir redressé la compagnie, le rocardien Christian Blanc
rêvait d'être enfin payé de ses efforts par une privatisation. Alain Juppé l'avait promise pour fin 1997. Patatras: la dissolution, le retour des socialistes, et surtout l'arrivée d'un communiste aux Transports, Jean-Claude Gayssot, perturbent ces beaux projets.
En route pour le ministère des Transports, pour sa première rencontre avec Jean-Claude Gayssot, Christian Blanc rumine ses arguments. La veille, le 8 juin, sur le plateau de Dimanche soir (l'émission de Christine Ockrent sur France 3), le ministre, tout juste nommé depuis quatre jours, a livré le fond de sa pensée: «Je ne serai pas le ministre de la privatisation, de la déréglementation et de l'ultralibéralisme, ça c'est sûr.» Le premier face-à-face Gayssot-Blanc se passe pourtant plutôt bien. Les deux hommes, qui ne se connaissent pas, se jaugent avec prudence. «Un entretien courtois et très franc», dira, à sa sortie, le PDG d'Air France. De son côté, Jean-Claude Gayssot a écouté, sans hostilité de principe, allant même jusqu'à parler de «respiration du service public». En le quittant, Blanc est même soulagé. L'ancien cheminot Gayssot, capable de faire pouffer de rire une salle à la simple évocation de «British Airouaille», ne connaît visiblement rien du monde aérien. Voilà une carte à jouer, explique aussitôt le patron d'Air France devant son comité de direction réuni dans une salle, au quatrième étage du siège de la compagnie à Roissy. «Ça va pas être




