«Allo, c'est Olivier Schrameck. Comment vas-tu? Bon, dis, nous
pensons à toi pour Air France"» Le premier coup de fil, vendredi 5 septembre, est pour Eric Giuly, énarque de 45 ans qui a fait toute sa carrière chez le groupe Chargeurs. Sans attendre l'annonce de la démission de Christian Blanc, qui sera rendue publique à midi pile («être contraint de quitter Air France est un arrachement»"), le directeur de cabinet de Lionel Jospin part à la recherche d'un successeur. Cette quête durera deux semaines sur fond de polémique. L'Elysée prend position pour Blanc. La droite, qui flaire enfin la «première erreur» de Jospin, se déchaîne; le RPR dénonce l'éviction de ce «grand président». Plusieurs personnalités de gauche, comme Nicole Notat (CFDT) ou Michel Rocard qui dénonce les pressions du PCF joignent leurs voix aux critiques.
Il s'agit donc de faire vite pour doter Air France d'un nouveau pilote «crédible». Jospin le veut issu de la famille de gauche, de préférence rompu aux négociations sociales, ayant une expérience, soit dans les transports, soit de gestion une entreprise publique, et des prétentions financières modestes. Jean-Claude Gayssot, le ministre communiste des Transports, exige de participer au choix. Le ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn aussi.
On songe d'abord naturellement à Jean-Cyril Spinetta, énarque de 54 ans, ex-patron d'Air Inter, qui croupit au ministère de l'Education, en charge d'une mission sur les emplois-jeunes. Mais Matignon l'écarte d'embl




