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Libération
Disparition

Ambroise Roux passe de l’ombre à trépas

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Le plus puissant lobbyiste du patronat français est mort dimanche à l’âge de 77 ans. Intime de Pompidou, il régnait sur le capitalisme français depuis près de trente ans.

Publié le 06/04/1999 à 0h35

Ambroise Roux est mort. Définitivement, pourrait-on préciser, tant cet homme a souvent été déclaré fini, toujours à tort. A 77 ans, le principal lobbyiste du patronat depuis vingt ans a succombé à une crise cardiaque, dans la nuit de dimanche à lundi, à son domicile de Montfort-Lamaury dans les Yvelines.

Le miracle, c’était qu’un tel personnage fût encore si vivant au cœur du capitalisme français. Tout chez lui respirait le passé : le prénom, le costume trois pièces, le pantalon remonté jusqu’au sternum, le doigt glissé dans le gousset, les cols «pelle à tarte», le vocabulaire ourlé de formules désuètes et de gravelures d’un autre âge, le monarchisme affiché, la conception balzacienne du monde des affaires. L’ancien patron de la Compagnie générale d’électricité (CGE) était un concentré de pompidolisme. Depuis qu’il avait quitté son dernier poste opérationnel en 1990, il continuait à être très actif, que ce soit à la tête de son Afep (Association française des entreprises privées) ou au sein des nombreux conseils d’administrations dont il était membre (57 au total, au cours de sa vie). Telle une araignée infatigable, il tissait et retissait des liens, des réseaux ou «des nœuds qu’il était le seul à pouvoir défaire». Il aimait sans vergogne le pouvoir, la chair et l’argent. «Il est beau comme Crésus», disait de lui une des rares femmes de l’establishment. Ces derniers jours encore, il s’activait dans l’ombre pour aider la Société générale à résister au raid

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