Strasbourg, de notre correspondante.
Si elle ne touchait pas un petit morceau de l'histoire de l'Europe, ce serait une affaire banale: celle d'une entreprise en voie de liquidation qui licencie, par vagues successives, plusieurs centaines de personnes. Aujourd'hui, les Forces françaises stationnées en Allemagne (FFSA), créées au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale pour garantir la paix renaissante en Europe, lèvent le camp. Des régiments jadis répartis de Trèves à Offenburg, il ne reste plus que des bureaux chargés d'exécuter les affaires courantes et des personnels licenciés ou au bord du licenciement. Les fonctionnaires du ministère de la Défense rejoignent d'autres bases dans l'Hexagone. Les PCE (personnels civils étrangers), eux, sont remerciés. Soumis au droit du travail allemand, ils ne bénéficient d'aucun reclassement dans l'armée française: le statut des PCE avait été spécialement créé pour recruter sur place de la main-d'oeuvre locale.
Délaissés. Pourtant, au fil des ans, les Allemands ont délaissé ces emplois. Femmes de ménage ou secrétaires, mécaniciens ou cuisiniers, ils ont souvent rejoint le privé, laissant leur place à des fils de militaires ou à des travailleurs frontaliers. La procédure était irrégulière, mais le gouvernement français n'en avait cure: il recrutait ses ressortissants par petites annonces dans les journaux ou les agences pour l'emploi de l'est de la France. Ce sont eux qui sont licenciés aujourd'hui: plusieurs milliers depuis 1992, 800 au




