Felix Rohatyn, 71 ans, ambassadeur américain en France, est l'ancien
dirigeant de Lazard Frères aux Etats-Unis.
Les manifestations d'anti-américanisme qui ont accompagné les événements de la rentrée (José Bové, Michelin, etc.) vous ont-elles surpris?
En revenant de vacances, j'ai eu la surprise de retrouver une France devenue tout à coup nerveuse, un peu agressive vis-à-vis des Etats-Unis, se raidissant contre la mondialisation. Pourtant, tout sourit à la France: elle a fait l'euro, elle a la meilleure performance en Europe en terme de croissance, un taux de chômage en baisse, des excédents commerciaux, une diminution des déficits publics" C'est assez logique d'ailleurs: la France est l'un des pays qui a presque tous les atouts intellectuels, technologiques et économiques pour profiter de la mondialisation. Mais votre pays semble caler sur deux sujets très importants: la science et le capital. Elle craint les avancées agricoles ou biotechnologiques, une des grandes questions de la mondialisation. Et elle bloque le développement de la capitalisation, parce qu'elle juge menaçant le pouvoir des fonds de pensions.
A-t-elle vraiment tort de craindre ces derniers?
Nous avons eu naguère de telles craintes, nous aussi. Certains de nos Etats se sont même dotés de lois invitant les conseils d'administration à ne pas prendre en compte seulement l'intérêt des actionnaires, mais aussi celui des salariés, des collectivités locales" Ces lois n'ont pas changé grand chose: il est très diffici




