Claude-Emmanuel Triomphe est délégué général de l'Université européenne du travail, une instance de réflexion qui regroupe des hauts fonctionnaires, des chercheurs et des syndicalistes de plusieurs pays européens.
On assiste à une radicalisation des conflits sociaux. Les grévistes de Cellatex déversant de l'acide sulfurique ou les ouvrières de Bertrand Faure menaçant de saboter leur outil de travail. Pourquoi cette vague de violence?
Cette radicalisation est très étroitement liée au retournement de la situation de l'emploi. Pendant des années, les salariés ont subi les plans sociaux sans vraiment se rebeller. Il y avait une sorte d'acceptation fataliste des événements et du chômage. Avec la reprise, la chape vole en éclats. On ne veut plus accepter ce qu'on a accepté pendant des années... au nom de la crise. L'idée d'être exclu devient insupportable. Cela provoque un retournement des comportements.
Vous semblez dire que cette montée de violence était prévisible?
Oui, c'est la manifestation d'un ras-le-bol. Dans la plupart des conflits durs, les ouvriers ont vécu plusieurs plans sociaux avant la fermeture annoncée. Un plan social est toujours un traumatisme violent, sauf que ce traumatisme est resté contenu parce que, chaque fois, il y avait l'espoir d'échapper au pire, la promesse qu'en acceptant des sacrifices, les choses allaient s'arranger. Les salariés se sont tus, se sont compromis souvent, en laissant partir sans broncher certains collègues, ont accepté les primes et les p




