Trois mois que ça dure. Chaque matin à 10 heures, le même vacarme assourdissant : une cinquantaine d'ouvriers se mettent à siffler, taper, trompeter dans tous les coins de l'atelier. «On appelle ça les minutes africaines, dit un syndicaliste en cherchant son casque antibruit. L'autre jour, un huissier est venu nous mesurer : plus de 140 décibels !» Au bout du tarmac d'Orly, le hangar qui abrite la branche moteurs d'Air France Industries (environ 1 000 ouvriers) semble sur le point de s'écrouler. Ce raffut marque le début de l'assemblée générale. Les bleus de travail quittent leur poste et s'en vont placidement manifester.
«C'est un conflit de la quotidienneté, poursuit le délégué, le seul moyen qu'on a trouvé pour faire plier la direction.» Pas de chants ni de banderoles : les «moteurs en colère» débrayent une heure par jour et vont bloquer le carrefour situé juste devant ce «village» ouvrier, créé après guerre par Air France et qui abrite aujourd'hui près de 3 000 salariés. Il est aujourd'hui peuplé d'irréductibles syndicalistes décidés à combattre le «management autoritaire de la direction».
Appétits. Au centre des revendications : les salaires et la «polyvalence», rejetée par les employés mais voulue par la direction. «On a déjà gagné 35 % de productivité en cinq ans, affirme un représentant de l'intersyndicale (CGT-CFDT-SNMSAC-Sud). On a aussi accepté un blocage des salaires quand la compagnie allait mal. Mais là, au vu des bénéfices, on réclame une augmentation de 50 poin




