Géry Coomans, directeur de recherche à l'Ismea, Institut supérieur de mathématiques et d'économie appliquées, a étudié les modèles d'emploi et de formation de la main-d'oeuvre en Europe.
Y a-t-il une spécificité française dans la formation de la main-d'oeuvre?
Oui. En France, on fait comme si la substance du travailleur était définie par son niveau d'éducation. C'est une approche «substantialiste». Le travailleur tend à y être défini une fois pour toutes par le diplôme dont il est porteur, indépendamment de tout ce que la vie va lui apprendre, de tous les apprentissages. Ensuite, il est recruté sur un travail censé être adéquat avec la formation. La tendance est à ce qu'il demeure assigné à cet emploi-là. Il n'en bougera plus.
Il y a d'autres modèles?
Chaque pays renvoie une image particulière. En Allemagne, il y a des grosses masses de main-d'oeuvre de qualification intermédiaire, avec relativement peu de généraux et peu d'infanterie. Alors que dans le sud de l'Europe, vous avez des têtes hypertrophiées (beaucoup de généraux), beaucoup de piétaille et très peu de couches moyennes, ou de qualification de niveau intermédiaire. Cela renvoie aux priorités et au type de structure sociale du pays. C'est un système social polarisé qui implique nécessairement des rapports de pouvoir durs, des fonctionnements de type plus disciplinaires où chacun est assigné à la place qu'il occupe. Cela renvoie au schéma taylo-fordiste, créé pour intégrer de la main-d'oeuvre immigrée et assurer un cont




