Rokkasho envoyé spécial
Les grues hérissent un paysage couvert de neige. Il y a quelques semaines, 10 000 ouvriers s'activaient sur le site de Rokkasho. Leur nombre a depuis diminué, mais le chantier continue de battre son plein. Objectif: achever au plus vite le futur centre névralgique de l'industrie nucléaire nipponne. Rokkasho-Mura, localité perdue sur la côte pacifique de la péninsule de Shimokita, est l'équivalent japonais de La Hague. «Une réplique presque identique, une soeur jumelle», lâche un cadre supérieur de la Cogema, accoucheur de ce site construit selon des plans vendus au Japon dans les années 80 et dont la mise en oeuvre est assistée, aujourd'hui, par une trentaine d'ingénieurs français. Mais la copie japonaise de La Hague est aussi le talon d'Achille du lobby nucléaire nippon, confronté à une inédite fièvre contestataire depuis l'accident tragique survenu à la suite d'une mauvaise manipulation, le 30 septembre 1999, dans la petite usine de retraitement de Tokaimura, près de Tokyo (un mort, 69 irradiés). Le 27 mai, les habitants de Kariwa, proche de la centrale de Kashiwazaki, se sont opposés par référendum à l'utilisation du très controversé Mox (un combustible recyclé, mélange d'uranium et de plutonium) dans un de ses réacteurs. Mi-novembre, un autre référendum a abouti au rejet d'un projet de centrale. Rokkasho, où doit ouvrir en juillet 2005 une usine de retraitement d'une capacité de 800 tonnes par an (comme La Hague) puis une usine de Mox fin 2009, se




