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Suicides sous silence

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Des salariés mettent fin à leurs jours sur leur lieu de travail, ou après la perte de leur emploi. Ou sont confrontés au suicide des autres. C'est un tabou dans l'entreprise. A l'occasion de la journée de prévention du suicide, reportage chez Moulinex, qui a fermé ses portes en septembre 2001.

ParCécile Daumas
Cormelles-le-Royal (Calvados), envoyée spéciale.
Publié le 03/02/2003 à 22h06, mis à jour le 03/02/2003 à 22h06

«C'était un gars qui avait trente ans de maison, il travaillait aux cafetières, explique Claude Renault, ancien syndicaliste CFDT chez Moulinex. En apparence, il n'avait pas de soucis. Quand nous avons occupé l'usine lors de la fermeture, il était là jour et nuit. D'autres, trop fragiles, ne pouvaient pas revenir tellement ça les remuait. On comprenait. Dans tout ce bordel, on s'attendait à ce que certains fassent des bêtises. Pas lui. Il n'avait ni problèmes familiaux ni financiers, il allait bénéficier d'une préretraite. Huit jours avant sa mort, je l'ai rencontré en ville. Je n'ai rien vu. Il n'avait pas l'air dépressif, il rencontrait des gens. C'est lui qui a traduit ça dans sa tête.» Cet ouvrier s'est donné la mort un an jour pour jour après avoir reçu sa lettre de licenciement. Il s'est jeté dans la rivière, il ne savait pas nager. Dans un mot laissé à ses proches, il dit qu'il est un licencié de Moulinex.

En septembre 2001, le groupe d'électroménager arrête ses quatre usines de Basse-Normandie : 3 000 salariés restent sur le carreau. Depuis, la moitié a retrouvé une activité ou va bénéficier d'une préretraite. Les autres cherchent toujours. Trois se sont suicidés. L'un s'est pendu juste après avoir été remercié. L'homme à la rivière l'a suivi. La dernière, une ouvrière, était en congé sans solde quand la fin de l'usine a été annoncée. Oubliée, elle n'a pas été inscrite sur la liste des salariés à indemniser. Elle a mis fin à ses jours avant que l'argent soit débloqué.

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