Elle a décroché son téléphone et appelé Libération. «Je ne supporte plus la façon dont mon chef traite mes collègues. Il s'en prend aux jeunes femmes qui, en situation précaire, n'osent pas lui répondre. Il en profite pour les harceler par mail ou les chronométrer quand elles vont aux toilettes. Souvent divorcées, en charge d'enfants, elles sont vulnérables, se font castagner sans rien dire. Elles ne savent plus se syndiquer.» Révoltée par ce qu'elle observait sur son lieu de travail, Laurence, cadre de 48 ans dans la publicité, n'a interpellé ni les syndicats, quasi inexistants dans son entreprise, ni sa hiérarchie. Après avoir tenté vainement de joindre l'inspecteur ou le médecin du travail, elle a appelé un journaliste. «Il est un peu comme un vengeur masqué, dit-elle. Il défend les salariés humiliés. Quand on fait appel aux médias, cela veut dire que la société va mal.»
Licenciement abusif, pressions, surmenage, dégraissage d'effectifs, les salariés confient régulièrement leurs déconvenues professionnelles à des journalistes. Difficile de chiffrer le phénomène mais télés comme journaux reçoivent appels et courriers. «Je suis sollicité deux à trois fois par semaine, explique une journaliste d'un quotidien national. Les gens nous interpellent en dernier recours, quand ils ne savent plus vers qui se tourner. C'est révélateur d'une méconnaissance totale de leurs droits.» Ils espèrent un article ou une émission télé qui résoudra leur cas personnel, ou au moins dénoncera les pr




