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Interview

«Une façon ambiguë de s'affirmer»

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Publié le 10/11/2003 à 1h49

Sociologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, Farhad Khosrokhavar plaide pour une «tolérance froide» vis-à-vis du voile. Il a travaillé sur l'Islam des jeunes (Flammarion, 1997) et sortira prochainement un livre sur l'islam en prison (éd. Balland).

Comment comprendre ces jeunes femmes qui veulent travailler et porter le voile ?

Jusqu'à maintenant, la laïcité et le travail étaient la seule voie vers l'émancipation pour les femmes d'origine maghrébine. L'islam était vécu comme un archaïsme, la foi des grands-parents. Aujourd'hui, des jeunes femmes se réapproprient l'islam. Par la religion, elles créent un nouvel espace où elles s'affirment, de façon conflictuelle, modernes et musulmanes. Elles veulent être des femmes qui travaillent, des femmes émancipées et autonomes. En ce sens, elles s'opposent à l'hégémonie des hommes pour qui le rôle de la femme est de rester à la maison et de s'occuper des enfants. Le foulard est l'expression d'une foi mais peut aussi être une volonté de se démarquer. Les filles issues de l'immigration, comme les beurettes, n'ont jamais bénéficié dans la société d'une image valorisée, d'une identité forte. Par le voile, elles gagnent en légitimité face à des hommes qui pourraient les critiquer, notamment sur le fait de travailler. Elles peuvent leur dire : "moi, j'adhère plus que toi à l'islam". C'est une construction complexe et ambiguë d'affirmation de soi. Une façon de s'opposer au patriarcat traditionnel.

D'où la difficult

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