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Interview

«La France est très en retard»

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Philippe Askenazy, économiste, estime que les entreprises peuvent améliorer la qualité de vie au travail sans renoncer à leur productivité:

Publié le 03/05/2004 à 0h27, mis à jour le 03/05/2004 à 0h27

Economiste, chargé de recherches au CNRS, Philippe Askenazy est spécialiste des conditions de travail et de la performance des entreprises. Il vient de publier les Désordres du travail, enquête sur le nouveau productivisme (Seuil).

Le problème de la qualité de vie au travail n'a-t-il pas tendance à se résoudre de lui-même avec la modernisation des entreprises ?

La disparition des métiers dangereux ou l'intellectualisation du travail laissent penser que la pénibilité du travail a disparu. Il n'en est rien. Avec les nouvelles organisations du travail basé sur la réactivité, la souplesse et la flexibilité, on a vu apparaître des contraintes physiques dans des professions qui n'en avaient pas, et, inversement, des contraintes mentales sont apparues dans des métiers physiques. Un cadre de la grande distribution fait de la mise en rayon de produits, une ouvrière de production se soucie du service au client. C'est ce cumul des contraintes physiques et mentales qui rend aujourd'hui le travail de plus en plus dur. Le mois dernier, le nouveau ministre du Travail a annoncé une augmentation spectaculaire des accidents graves du travail. On n'a jamais vu ça dans un pays de l'OCDE. Personne n'en a parlé. Cela montre comme on fait peu de cas de ces questions en France.

Pourquoi ?

Pour les entreprises ou le Medef, parler des conditions de travail est un obstacle à la libre entreprise et à la compétitivité. Pour les syndicats ou l'Etat, c'est un problème seconda

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