La flemme est l'avenir du salarié en entreprise. Tel est le diagnostic formulé par l'économiste Corinne Maier dans une livre à l'usage des sceptiques de l'esprit d'entreprise. De son propre aveu planquée à temps partiel chez EDF, versée dans l'écriture et la psychanalyse, l'auteure propose moins un mode d'emploi précis pour esquiver le travail, les réunions, les heures supplémentaires ou les excès de pouvoir des chefs qu'une remise en cause du culte de l'entreprise. Elle met ainsi au grand jour ce qu'elle appelle la «linguistrerie» régnant dans les boîtes. Autrement dit un mélange de novlangue orwellienne et de cuistrerie virile destinée à augmenter la productivité tout en atténuant les rapports hiérarchiques. Les exemples sont légion. Un ingénieur dynamique dira évidemment : «Il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions.» Un DRH préférera systématiquement «initialiser» plutôt que le verbe commencer. Enfin, un cadre commercial terminera par : «Il faut s'efforcer d'impulser de nouveaux modes opératoires avant la date butoir du 15.»
Pour Corinne Maier, cette linguistrerie d'entreprise «manifeste la ligne politique d'un pouvoir impersonnel». Cette langue si particulière «ne cherche ni à convaincre, ni à prouver, ni à séduire, mais livre des évidences de façon uniforme en excluant les jugements de valeur. Le but ? Vous faire obéir». Pour décrire le monde de l'entreprise et ses ressources humaines, elle puise aussi bien dans sa propre expérience de salariée que chez Debor




