Tokyo, de notre correspondant.
Près de la gare centrale JR du quartier de Shibuya à Tokyo, la foule éclectique glisse sur les passages piétons dans un vacarme infernal. Les rames de métro aériennes vont et viennent, à hauteur d'écrans digitalisés diffusant pubs et vidéo-clips. Eldorado du divertissement ado. C'est là, au pied du grand magasin de l'électronique Big Camera, que Akira Sasaki, 23 ans, baskets et blouson orange fluo, harangue depuis la matinée les milliers de passants. Un pas à gauche, deux à droite, trois en arrière, il distribue tout sourire les annonces d'un opticien vantant ses nouvelles lentilles colorées, prisées des jeunes. Akira est un freeter (de l'anglais free-libre et de l'allemand arbeiter-travail), il ne vit que de petits boulots. En sortant des bancs de l'université à 21 ans, il n'a pas hésité. Impossible à ses yeux de devenir un salaryman, un «homme à salaire», modèle de l'entreprise classique japonaise. «Je ne voulais pas travailler dans un bureau à heures fixes, dit-il. C'est incompatible avec mon style de vie et mon caractère. Ce qui me passionne, ce sont les arts et la musique.» Plus tard, Akira se verrait bien occuper un poste créatif dans l'industrie culturelle. En attendant, il collectionne les petits boulots (appellés Arubeito). Et il aime ça. Il a trouvé, dit-il, «le rythme idéal». Cinq jours par semaine, il assure les heures de nuit d'une supérette, 7-Eleven, chaîne de magasins ouverte 24 heures sur 24. Quatre après-midi par semaine et le




