«J'ai honte chaque fois que je délivre une fiche d'aptitude.» Médecin du travail à Bourg-en-Bresse dans l'Ain, Odile Chapuis ne supporte plus «ce quitus donné à l'entreprise pour masquer des conditions de travail qui se dégradent». «Face à des salariés qui ont peur de perdre leur emploi, nous sommes des témoins ligotés par le secret professionnel», déplore-t-elle. Avec huit collègues, elle a fondé en 1984 un collectif, «parce que, seul, on ne s'en sort pas». Mais aussi pour témoigner de l'impasse dans laquelle se trouve un médecin du travail qui veut faire son métier. L'un d'entre eux, Yusuf Ganthi, venait en effet de se voir retirer une entreprise pour avoir osé demander à la direction une hotte d'aspiration sur un poste de travail où l'on maniait de l'amiante.
Aujourd'hui, ces médecins publient le bilan de dix années de travail auprès de quelque 25 000 salariés dans 2 500 entreprises, PME ou TPE de la région (1). Ils évoquent leur «désespérance.» Ils ne sont pourtant pas du style à baisser les bras, mais constatent, impuissants, qu'ils n'obtiennent que «de petites améliorations» face à des «conditions de travail qui ne cessent de se dégrader.»
«Quand on sait qu'un million de salariés en France sont exposés à des produits cancérogènes, 4 millions à des produits toxiques, quand on évoque un nombre de décès attribuables à des facteurs professionnels compris entre 7 000 et 20 000 par an, et une mortalité prématurée des ouvriers entre 24 et 54 ans trois fois plus élevée que celle




