Carepa (Colombie), envoyé spécial.
L'ouvrier lâche ses coups de machette dans le froissement des larges feuilles. Les régimes verts s'affaissent un à un sur les matelas de mousse des porteurs. Autour s'étalent les sillons boueux de la ferme Los Cedros, une des 350 exploitations que compte l'Urabá. Plus de 32 000 hectares de bananiers, les trois quarts des cultures du pays, s'étendent dans cette région du nord-est de la Colombie.
Intenable. Des ouvriers accrochent les régimes de quarante kilos aux crochets d'un câble aérien, avant que l'un d'eux tire le chargement vers l'unité de traitement, à 800 mètres. Là, une armée de petites mains va rejeter pour le marché local les fruits trop minces, courts, tachés ou rayés. Le reste l'essentiel de la production de l'Urabá sera exporté, pour 60 % en Europe. Après la découpe du régime, deux bains et une pulvérisation pour tuer les champignons et éliminer la résine, les fruits mis aux normes arrivent par tapis roulant jusqu'aux emballeurs qui, après une dernière sélection, préparent les caisses de 20 kilos. «Vous voyez tout ce travail ?, demande Gabriel Elejalde, directeur régional du syndicat patronal Augura. Pour chaque caisse, l'Union européenne veut prélever presque 5 euros, plus que le prix de vente ! Ce serait intenable.»
Le responsable énumère les investissements réalisés pour obéir aux dernières normes européennes sociales et environnementales. Des vestiaires, des douches, des équipements de sécurité et des formations pour les s




