Söderala envoyé spécial
Barbro Brorstad, en congé sabbatique depuis le début de février, est l'archétype de sa génération. A 50 ans, cette Suédoise, en apparence pleine de vie, habite une jolie maison de bois en bordure de forêt à Söderala, petite ville tranquille à plus de 200 kilomètres au nord de Stockholm. Dans les années 70, elle commence à travailler dans une crèche municipale. C'est à cette époque-là que les Suédoises ont pris d'assaut le marché du travail, plus que dans tout autre pays au monde. Fille de son temps, Barbro en a subi les revers. La crise économique du début des années 90 a frappé de plein fouet l'Etat providence, obligeant les communes à serrer radicalement la vis. Les femmes, surreprésentées dans la fonction publique, en ont payé le prix fort. Si Barbro a évité le chômage, elle a vu comment le personnel de sa crèche a baissé de moitié en cinq ans, sans que diminue la charge de travail. Elle a, comme on dit en suédois, «foncé dans le mur». «Je ramenais du travail à la maison, passais une partie de la nuit à faire les plannings, des tâches administratives.» Un matin de novembre 2001, son corps a dit non : «Je n'ai pas pu me lever. Incapable d'aller au travail.» Pendant deux semaines, elle reste au lit, dormant presque tout le temps. La dépression est profonde. Epuisement professionnel. Barbro est frappée du même mal que des dizaines de milliers de Suédois, essentiellement des femmes employées dans les services publics, peu formées, peu payées. Barbro se




