Fan d'opéra, Patrick Ricard, 59 ans, a dû siffloter un petit air en apprenant avant-hier soir que le conseil d'administration du britannique Allied Domecq, qu'il convoite assidûment, était prêt à lui tomber dans les bras pour un peu moins de 11 milliards d'euros. Et il n'est pas impensable non plus qu'il ait sifflé un petit pastis pour fêter ce rachat qui fait tomber des marques aussi prestigieuses que le gin Beefeater, la vodka Stolichnaya, le whisky Ballantine's ou les champagnes Mumm et Perrier-Jouët dans l'escarcelle de Pernod Ricard. Quoique l'intéressé ne le confirme pas lui-même, et pour cause : Patrick Ricard n'éprouve pas d'intérêt à parler aux journalistes de ses «sentiments personnels» et de sa carrière. Par pudeur ? Par respect pour son père, Paul Ricard, l'inventeur du pastis de Marseille ?
Livreur. C'est en tout cas sous la houlette réputée sévère de ce père self-made man à l'ancienne que le jeune Patrick, né près de la Canebière en mai 1945, a commencé sa carrière. A l'époque, pas besoin de sortir de grandes écoles pour le jeune homme qui fait sa scolarité au lycée Périer de Marseille. «On peut très bien réussir sans diplôme», expliquait brièvement l'intéressé il y a quelques années.
En 1967, à 22 ans, il commence dans l'entreprise familiale, d'abord comme «livreur», selon la mythologie maison ; à cette date le Who's Who, bible des puissants, le voit déjà «attaché de direction». Parcours fléché, et finalement sans surprise, qui conduit tout droit Patrick Ricard




