Gonfreville-l'Orcher, (Seine-Maritime) envoyée spéciale.
«Vous l'entendez, le silence ? Cela fait trente-deux ans que je travaille à la raffinerie, je n'avais jamais connu cela, lâche Jean, délégué CGT. Sauf en janvier 1984, avec l'arrêt technique qui a suivi un incendie.» Depuis dimanche, la plus importante raffinerie du groupe Total en France, à Gonfreville-l'Orcher, dans la zone industrielle du Havre, s'est peu à peu mise à l'arrêt. Plus une goutte depuis lundi, selon les grévistes, ne sort de la raffinerie, des 98 000 mètres cubes de produits finis expédiés chaque jour. L'usine de lubrifiants de Rouen, qui alimente Renault, est en rupture de stock, et des pétroliers sont déjà en attente, au large, selon plusieurs syndicats. A l'entrée du site, une tente a été montée, hérissée de drapeaux CGT et SUD, de la banderole «Pour un syndicalisme de conquêtes sociales» et de celle de la manifestation du 19 mars, à Bruxelles, qui dit non à la Constitution européenne. A chaque relève, à 5, 13 et 21 heures, les délégués exposent la situation aux équipes de 70 salariés postés, qui votent à main levée. La grève, à chaque vote, a été reconduite. «Plus de la moitié du personnel», affirme la CGT. Au local du comité d'entreprise, il n'y a que la cafetière qui ne fasse pas grève. Elle tourne en continu, les élus du personnel se relaient.
«L'épreuve de force, c'est eux qui la mènent», assènent les grévistes. «Dès mars, on avait alerté la direction sur notre refus de rayer le lundi de Pentecôte




