C'est le plus grand lobby antipirates du monde. Les dirigeants de 800 multinationales ont lancé hier à Londres une coalition pour lutter contre toutes les infractions à la propriété intellectuelle, sous la bannière de la chambre internationale de commerce. Du très beau monde: au siège de la maison de disques EMI (en guerre contre la copie sur le Net), on trouvait Steve Ballmer, le patron de Microsoft (fâché contre le piratage de ses logiciels), mais aussi les dirigeants d'entreprises pharmaceutiques (contre la copie de médicaments), agroalimentaires, de luxe (faux sacs Vuitton)...
Côté face, tous ces patrons veulent endiguer «un fléau qui menace l'économie, la croissance et la création», selon Marc-Antoine Jamet, président de l'Union des fabricants, le lobby français anticontrefaçon, qui rappelle que «la santé des consommateurs est aussi en danger», comme avec les faux médicaments. Côté pile, la réalité est moins reluisante. «Leur objectif est de supprimer toute possibilité de réflexion chez les décideurs politiques», estime Philippe Aigrain, auteur d'un livre sur les excès de la propriété intellectuelle (1).
Ces firmes pratiquent l'amalgame: si les faux médicaments sont parfois dangereux, les multinationales de la pharmacie veulent aussi empêcher les pays du Sud de copier des médicaments à moindre coût pour soigner leurs populations; si les maisons de disques craignent à juste titre le piratage, elles luttent aussi contre de nouveaux canaux de distribution qui menacent leurs




