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«Pourquoi tu me fais ça, Sako?»

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Publié le 31/10/2005 à 4h19

Conseil des prud'hommes de Paris.

Sako s'avance. Ses grands pieds dans deux baskets. Blanches. Sa djellaba bleu marine ne fait que souligner sa longueur.Il a l'allure d'un personnage de Kirikou et la sorcière. Un bonnet bleu en laine, tricoté grosse maille. Un homme l'accompagne, Blanc, bientôt chauve ­ une allure à la Frédéric Dard ­, il remet sa veste en cuir marron en arrivant devant le juge, ça lui donne de l'assurance et une certaine prestance. «Ce n'était pas la peine de vous rhabiller», lui explique le président. Le second juge, en revanche, insiste pour que Sako se découvre : pas de bonnet à l'audience. Pas d'avocat non plus. Sako avait demandé l'aide juridictionnelle, il apprend qu'elle lui a été refusée. L'homme à ses côtés prend instantanément la parole : «Bon, il faut savoir que ça fait vingt-huit ans, hein, c'est ça Sako ?» Sako acquiesce. «Donc vingt-huit ans qu'on se connaît avec Sako, et on n'a jamais rien trouvé à redire.» Le président l'interrompt : «Mais, au fait, vous êtes qui monsieur ? ­ Je suis le patron.» Le président le fait taire, jamais vu le patron expliquer au tribunal pourquoi son employé l'attaque. Sako a la parole. «Je décharge des sacs de ciment et de matériaux la journée.» Il s'arrête. Le président explique que Sako réclame 3000 euros d'indemnités consécutives à la fin de son contrat de travail en intérim. L'employeur reprend de suite la parole. «Faut savoir que cette demande, je ne la comprends pas, ça me fait mal au coeur, parce que Sako, a

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