Il arrive à la barre comme s'il sortait d'une cabine d'essayage de vêtements de sports. Saïd a la voix rauque presque étouffée. A sa gauche, son ancienne patronne, directrice d'un garage, blonde, les cheveux en chignon, un cheveu sur la langue, maîtrise difficilement l'art de marcher sur des hauts talons.
«Vous êtes entrés le 22 janvier 2002 dans l'entreprise de Madame», récapitule le président. «Tout à fait, Monsieur le président.» «Vous avez un contrat écrit. Et vous êtes ici pour réclamer vos indemnités de congés payés et votre courrier de licenciement. J'en conclus donc que vous avez été licencié.» Saïd répond qu'il n'en sait rien. «J'ai pas reçu de lettre, Monsieur le président, et je ne suis pas d'accord.» «Moi non plus, je n'ai pas de lettres», s'étonne le second conseiller. La patronne, jusque-là muette, se réveille : «Mais, moi, je les ai, les lettres !» Le président : «Et bien allez me les chercher, et vite !» Elle trifouille dans son sac et en ressort quatre lettres avec accusés de réception. Solennellement, le président les ramasse et demande : «Le licenciement était pour faute ?» La patronne acquiesce. «On va ouvrir ces courriers.»
Première lettre en date du 12 juin, «un avertissement sur la conduite de Monsieur», détaille le président. La deuxième remonte au 9 août, une lettre de relance, qui indique que Saïd a disparu du garage depuis le 5 août. La troisième, du 30 août : «Youpi, c'est enfin la lettre à l'entretien préalable de licenciement !» s'enthousiasme le




