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Libération
Interview

«Le vainqueur, c'est la famille»

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Publié le 03/07/2006 à 21h49

Patrick Fridenson, historien du social à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), s'est penché sur l'histoire du temps de travail en France (1).

En deux bons siècles, on est passé d'un temps de travail pratiquement illimité aux 35 heures hebdomadaires et cinq semaines de congés. L'année 1936 marque-t-elle une étape fondamentale dans cette évolution ?

C'est une étape décisive. Pour la première fois, l'ensemble des salariés français a droit aux congés payés, réservés jusqu'alors aux cadres, aux employés et aux fonctionnaires, plus à quelques dizaines de milliers d'ouvriers dans des entreprises à la pointe du progrès social. Même si cette mesure n'était pas dans le programme du Front populaire, il s'agit d'une vieille revendication syndicale qui remonte à 1919, dans l'ensemble des pays industrialisés. Après la Première Guerre mondiale, avec l'intensification du travail et la production de masse, les ouvriers éprouvent le désir de participer à la consommation, qui est une activité de loisir. S'ajoutent les recommandations des médecins, qui préconisent le repos des travailleurs, et celles des gens d'Eglise, qui voudraient que les masses puissent penser à autre chose qu'au travail. Sur la longue durée, on est passé d'une conception du temps de travail à l'heure ou à la journée à une conception sur l'année et même sur le cycle de vie. Cette dimension est très importante, puisque désormais on va penser la vie des salariés comme une alternance de travail et de repos. Que

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