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«Tout le monde a pris son vélo»

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Henriette Duval a 86 ans, une robe-blouse bleu marine à pois blancs sur des épaules menues. Elle vit dans une maison de retraite du XVIIIe arrondissement de Paris. Ce quartier où elle est née et qu'elle n'a pratiquement jamais quitté. L'été 1936, elle a 18 ans. Ses vacances à elle, ce fut la campagne, à 25 kilomètres de Paris.

Publié le 03/07/2006 à 21h49

«J'ai quitté l'école à 13 ans, après le certificat d'études. Je voulais apprendre la couture, alors on m'a mis comme arpette dans un atelier du quartier. Arpette, vous êtes là pour ramasser les épingles et faire les courses des dames ! En 1936, j'étais une petite couturière de quartier, je faisais des rideaux. J'aidais aussi ma mère, qui était blanchisseuse. Mon père était forgeron-serrurier dans une toute petite entreprise.

«Huit jours payés, c'était le rêve. Tout le monde a pris son vélo et est parti à droite ou à gauche. Partir en train, ça coûtait cher, et puis on n'avait pas les moyens de se payer l'hôtel sur place. Mon père m'a emmenée à la campagne. Il avait acheté un terrain à Pontault-Combault, en Seine-et-Marne, et construit une cabane en bois. Ensuite, il l'a transformée en vraie maison. On est partis là-bas en vélo, c'était vraiment la campagne à 25 kilomètres de Paris, il y avait des champs, un berger avec ses moutons. On allait dans les fermes chercher des oeufs et du lait, on partait se baigner dans la Marne. Tous les voisins se connaissaient, ils avaient tous acheté un petit bout de terrain dans le coin. Mon père jardinait, il avait planté des pommes de terre. Il me racontait que, de son temps, on travaillait même le dimanche matin. Nous, à ce moment-là, on était bien heureux d'avoir les samedis après-midi, la «semaine anglaise» comme on disait. Il y avait des trains de plaisirs pour aller à Dieppe ou Trouville, à la plage. On partait le dimanche matin,

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