Conseil des prud'hommes de Paris, audience des référés.
Elle est plutôt jolie dans sa veste cintrée de velours rose, mais le regard est triste. Grande fille à la peau noire, petites tresses serrées et grosse perle nacrée qui brille sous les loupiotes de la salle d'audience. Félicia était vendeuse de vêtements dans une petite boutique. Elle attaque ses anciens employeurs, leur réclame les salaires d'avril et de mai 2006, des indemnités de congés payés, le paiement du préavisde licenciement et le remboursement des frais de transport.
«Vous voyez, Monsieur le Président, que je suis seul avec ma cliente à la barre», commence l'avocat de Félicia. «La société brille effectivement par son absence, embraie le président de l'audience, mais comme elle est régulièrement citée, nous avons choisi de retenir le dossier de madame, par contre vous ne pourrez pas ajouter d'autres demandes que celles que vous avez exprimées jusqu'à maintenant.» L'avocat joue la déception, Félicia, deux pas en retrait, ne semble pas comprendre. Elle a été embauchée en 2003, avec «un vrai contrat de travail écrit». Un contrat à durée indéterminée de vendeuse textile à temps plein. «Quel était son salaire ?» interroge au passage la juge prud'homale. «Elle était payée 661 euros», répond l'avocat. «Et elle travaillait à plein temps ?» reprend la juge. Réponse affirmative de l'avocat. «Nous reviendrons sur ce point», abrège le président. A la fin du mois de mai,




