Celle-là, quand on la lui a présentée, monsieur Chezbardon, le patron de la pâtisserie Le Chardon Bleu à Noisy-le-Grand, s'est méfié. Pas la tête de l'emploi, Désirée. Une grosse dame à l'époque (c'était au début de l'année), mal dans sa peau, qui cherchait du boulot depuis trois ans. Elle faisait des ménages, Désirée, pour élever ses enfants laissés au Cameroun. Trois heures par-ci, trois par là. 37 ans, elle vivait au foyer, mangeait, fumait et «pétai(t) les plombs». «Je partais tous les jours à l'ANPE, j'envoyais des CV et des lettres, jusqu'à maintenant, je n'ai pas eu de réponses», dit-elle, blouse et bonnet blancs, les mains dans les tartes aux framboises. «J'avais perdu l'espoir quand j'ai eu un entretien ici. J'ai commencé le lendemain.»«Et maintenant, elle monte des saint-honoré mieux qu'un pâtissier !» se réjouit son patron.
C'est l'histoire d'une rencontre réussie en Seine-Saint-Denis, département renommé pour ses cités et son taux de chômage (12,1 %, soit plus de 77 000 personnes) le plus élevé de la région parisienne. Moins pour ses performances économiques : première place en Ile-de-France pour les créations d'entreprises, les sièges des grands groupes qui s'installent sur un arc qui va de Montreuil à Pantin, La Plaine transformé en centre ultramoderne des métiers de l'audiovisuel, l'emploi salarié en hausse de 2,6 %, etc. Paradoxe de cette banlieue Nord-Est : les employeurs sont là, la main-d'oeuvre aussi, mais ils ne se trouvent pas. Les h




