Olivier Bouba-Olga est maître de conférences à l'université de Poitiers et membre du Crief (Centre de recherche sur l'intégration économique et financière). Ses travaux portent sur l'économie de l'entreprise et de l'innovation, et sur le développement économique local. Il est l'auteur des Nouvelles géographies du capitalisme : comprendre et maîtriser les délocalisations (1).
Les statistiques européennes montrent que les délocalisations ne sont responsables que de 7 à 8 % des destructions d'emplois dans l'UE...
C'est effectivement l'ordre de grandeur : entre 5 et 10 % en Europe et en France selon les années. Ces chiffres sous-évaluent peut-être légèrement le phénomène, puisqu'ils ne prennent pas en compte les cas d'entreprises qui ferment pour sous-traiter à l'étranger. Une étude récente, qui intègre cette sous-traitance à l'international, a montré que 12 % des fortes diminutions d'effectifs en France étaient dues aux délocalisations. Mais, si ces départs d'emplois pèsent globalement peu, ils peuvent peser beaucoup localement.
L'exemple d'Aubade, en Poitou-Charentes, est significatif à cet égard. Le fabricant de lingerie supprime des postes dans un territoire rural, où les possibilités de reconversion sont limitées car il y a peu d'autres activités économiques dans la région.
Comment expliquer le décalage entre la réalité chiffrée et la perception des salariés ?
En général, quand une entreprise délocalise, cela se traduit par de gross




