Toul
envoyé spécial
Sur le parking parsemé de feuilles mortes de l'usine de pneus Kléber, à Toul (Meurthe-et-Moselle), les véhicules des salariés sont pour la plupart chaussés de produits «maison» prêtés par l'entreprise. Devront-ils les rendre en 2009, date prévue de la fermeture du site ? Mercredi, Michelin, propriétaire de Kléber, a dévoilé son intention d'arrêter la production à Toul, qui, avec 826 employés, fait des pneus milieu de gamme.
Les ouvriers encaissent mal la nouvelle. Depuis mercredi, ils viennent à l'usine, mais n'y travaillent pas. Discutent par petits groupes le long des chaînes, autour des chefs d'équipes et des représentants syndicaux, qui n'ont pas appelé à la grève. «Y a pas grand-chose à dire, c'est le coup de poignard dans le dos, direct !» souffle Gilles, 40 ans, marié et père de famille, «crédit voiture, crédit maison, la totale.» Regard las et empli d'amertume, il attend le bus et résume vingt-deux ans d'ancienneté : «Pas syndiqué, à fond dans le boulot, toujours disponible. On fait des heures sup, on essaye de donner le meilleur, et voilà le remerciement ! Faut relever la tête, comme ils disent.»
«Mutable». Michelin s'est engagé à proposer deux postes en France à chacun des salariés. «Partir où, pourquoi ?» questionne Gilles. «Pour se retrouver dans la même situation dans cinq ou six ans ? C'est pas du concret ça !». Il ne voit pas d'autre solution que de «repartir à zéro, sans diplôme




