Difficile de travailler à la Société générale quand le nom de votre entreprise est devenu le synonyme de la plus grosse perte boursière commise par un simple trader. Depuis jeudi, pour les 120 000 salariés de l'établissement, la stupéfaction s'est transformée en colère. Et en inquiétude. 5 milliards d'euros qui partent en fumée, cela aura forcément des conséquences sur les revenus, voire sur le poste de chacun.
Dans un premier temps, c'est l'incompréhension qui a dominé. «Pour les salariés, ce qui s'est passé paraît impensable, témoigne Lionel Chabot, de la CFDT. Tous les jours, leur travail est vérifié. Et la moindre broutille peut prendre des proportions énormes.» Chacun a ensuite calculé son manque à gagner. «Jeudi matin, devant la machine à café, tout le monde se disait : "A cause de ce mec, on n'aura pas de bonus." On était vraiment furax», témoigne un salarié travaillant dans les salles de marché.
Pour ces opérateurs, la part variable de la rémunération peut représenter de quelques mois à plusieurs années de salaire fixe. Mais elle est fonction des bénéfices de la banque, en berne cette année. Chez les simples employés, l'espoir de toucher de la participation s'éloigne aussi. Alors qu'un surcroît de travail est attendu. «Déjà, dans les agences, les petits chefs mettent la pression sur les employés pour qu'ils se retroussent les manches et vendent plus de produits aux clients», poursuit Lionel Chabot. La direction, elle, est plutôt silencieuse.




