Pour Paul Jorion, spécialiste de l'anthropologie sociale et de la finance (1), la crise des subprimes est en train de faire basculer l'Amérique dans une nouvelle ère idéologique, un nouveau «New Deal».
Comment qualifiez-vous la réaction des autorités américaines face à la crise ?
On assiste à un retour en force de la puissance publique. L'Etat a déjà subventionné des banques en difficulté (Bear Stearns notamment). La Securities & Exchange Commission (SEC) protège la banque Lehman Brothers contre tout risque de déstabilisation. Elle a ainsi interdit aux investisseurs de parier sur la baisse de son cours et de répandre des rumeurs à son sujet. Et on peut parier qu'il va se passer quelque chose de similaire avec Fannie Mae et Freddie Mac, les deux agences qui contrôlent le marché des prêts immobiliers. Pour éviter qu'elles ne fassent faillite, le gouvernement envisage de créer des «actions privilégiées» («preferred shares») qu'il détiendra. De fait, il en deviendra l'actionnaire majoritaire et seule subsistera l'illusion qu'elles appartiennent au secteur privé.
Pourquoi l'Etat revient-il en force ?
Le secteur privé a fait la preuve de son inefficacité pour redresser la situation, contrairement à ce que pensait à l'origine Henry Paulson, le secrétaire d'Etat au Trésor. Partant de l'immobilier, la crise a eu le temps de se propager à de nombreux secteurs, comme une métastase. La Bourse a chuté, les investisseurs sont allés spéculer sur les matières premières, contribuant à la flambée




