Il ne le dit pas trop fort, pour ne pas que les télévisions l'entendent : «Je suis de Bordeaux, ce que vous faites, je le comprends complètement», glisse un des garçons chargés de l'accueil sur le stand de Ford, au Mondial de l'automobile. Les hôtesses, dans leurs uniformes, gardent le sourire, même si elles n'ont pas l'air certaines que ce soit ce qu'on leur demande. Et quant à la foule de ce premier jour d'ouverture au public, c'est avec des applaudissements qu'elle a accueilli samedi les 600 salariés de l'usine Ford de Blanquefort en Gironde (des boîtes de vitesses automatiques, pour des grosses cylindrées extrêmement gourmandes) débarqués au Parc des expositions, porte de Versailles, à Paris.
«Tous ensemble sauvons nos emplois», proclament les tee-shirts. Sifflets et cornes de brumes en action, les salariés investissent le stand du constructeur américain et scandent : «On-veut-du-bou-lot-pas-du-ba-ratin, tous en ensemble, tous ensemble, ouais ! ouais !» Comme par la marée, les modèles de démonstration de la marque américaine sont noyés sous une masse bruyante. Quelques autocollants fleurissent sur les pare-brise. Mais pas la moindre dégradation. Aucun manifestant ne s'en prendrait aux voitures. Ils les aiment bien trop pour ça. Et c'est justement ce qu'ils sont venus dire en faisant le voyage jusqu'à Paris. «Ça me fait très mal, je l'ai là…» pointe Jean-Claude Conte, trente-cinq ans de boîte, en se frappant le cœur. «J'étais à l'ouverture, e




