Pour Yuan Haitian, la machine à rêver s’est grippée au printemps. Son salaire a chuté brutalement de plus d’un tiers, passant de 2 400 à 1 400 yuans (de 270 à 160 euros). Il n’y avait plus de commandes dans son usine de meubles à Pékin, c’était à prendre ou à laisser. Travailleur migrant depuis dix-huit ans, Yuan Haitian s’est dit qu’il allait faire une pause et rentrer à Gaodi, son village du Henan. Profiter de ses deux enfants qu’il connaissait à peine, et construire enfin sa maison grâce aux 80 000 yuans épargnés pendant toutes ces années d’exil dans des provinces lointaines, à trimer dix à douze heures par jour dans les mines, les chantiers ou les usines.
«La pause». A 35 ans, silhouette voûtée, dents gâtées et visage griffé par les rides, Yuan Haitian en paraît dix de plus. Mais il affiche un beau sourire en montrant sa maison de béton brut de 200 mètres carrés. Ni porte ni fenêtre, il manque 20 000 yuans (environ 2 300 euros) pour les «finitions». Ce seront les plus durs à trouver : «Il n'y a plus de travail, et les salaires ont tellement baissé qu'il n'est même plus rentable de partir ailleurs travailler.» Il envisage de prolonger «la pause», et de labourer le lopin de terre de ses parents pour en tirer de quoi nourrir sa famille. «Si on m'avait dit il y a un an que je retournerai à la terre, je ne l'aurai pas cru, dit Yuan Haitian. Il va falloir que j'apprenne.»
La Chine vient de révéler que 20 millions de travailleu




