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Libération

Non, les Grecs ne sont pas paresseux

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ParThomas Piketty
directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
Publié le 23/03/2010 à 0h00

Ainsi donc les Grecs seraient des paresseux dépensant plus qu’ils ne produisent. Et qui de surcroît élisent des gouvernements corrompus manipulant les comptes publics pour les conforter dans leur illusion. Et si votre voisin ou votre frère passe son temps à dépenser plus que ce qu’il gagne, est-ce lui rendre service que de lui prêter encore de l’argent ? N’est-il pas temps qu’il cesse de faire bombance et apprenne la dure loi du travail et du mérite ?

Ce type de métaphore fondée sur la morale domestique et familiale (paresse contre travail, enfant prodigue contre bon père de famille) est évidemment un grand classique de la rhétorique réactionnaire. De tout temps les riches ont ainsi stigmatisé les pauvres. Rien de nouveau sous le soleil grec. Sauf que face à la complexité du capitalisme du XXIe siècle et de ses crises financières, ces métaphores moralisatrices semblent aujourd'hui se diffuser au-delà des cercles habituels. Quand on ne comprend plus rien au monde tel qu'il va, il est tentant d'en revenir à quelques principes simples. Face à la violence extrême des attaques dans les médias, le Premier ministre grec en est venu à déclarer lors de sa visite à Berlin : «Les Grecs n'ont pas plus la paresse dans leurs gènes que les Allemands n'ont le nazisme dans les leurs.» Ces propos, d'une dureté peu courante entre chefs de gouvernement d'une union politique, devraient convaincre ceux qui ne l'ont pas encore fait de s'intéresser à la crise grecque.

Le problème de ces m

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