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Retraites : vivement 2012 !

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ParThomas Piketty
directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
Publié le 14/09/2010 à 0h00

Comment qualifier la «réforme» des retraites défendue par le gouvernement ? Il s’agit d’un médiocre exercice de rafistolage, qui ne règle en rien l’équilibre financier à long terme. Comparé aux rustines précédentes (Balladur 1993, Fillon 2003), le cru Sarko 2010 brille en outre par son cynisme et son injustice.

Le gouvernement exploite à fond la complexité des systèmes de retraites pour accréditer des comparaisons internationales mensongères, aidé en cela par des médias aussi complaisants qu’incompétents, et pour fragiliser les plus fragiles. En France, le calcul des pensions dépend de multiples paramètres : la durée de cotisations requise pour une retraite à taux plein (41 ans) ; l’âge minimum permettant d’ouvrir des droits (60 ans) ; et l’âge permettant de partir à taux plein sans décote pour années manquantes (65 ans). En décidant de ne pas toucher à la durée et de tout miser sur des mesures d’âge, le pouvoir choisit par définition de faire peser tout l’ajustement sur ceux qui ont commencé à travailler tôt (passage de 60 ans à 62 ans) et sur les carrières précaires et incomplètes (passage de 65 ans à 67 ans).

Prenons un salarié ayant commencé à travailler dès 18 ans. Actuellement, il doit attendre 60 ans pour une retraite à taux plein, soit 42 ans de cotisations. Avec la réforme, il devra attendre 62 ans, soit 44 ans de cotisations. Par contre, ceux qui ont eu la chance de faire des études, et qui ont commencé à travailler à 21 ans et au-delà, ne seront aucunement touchés p

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