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Libération

Le faux débat des 35 heures

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ParThomas Piketty
directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
Publié le 11/01/2011 à 0h00

Venue des franges les plus extrêmes de l'UMP, une étrange rumeur s'est répandue en France ces dernières semaines. «Les 35 heures coûtent à l'Etat plus de 20 milliards d'euros par an d'allégements de charges», peut-on lire, y compris sous la plume de journalistes supposés compétents et indépendants.

Le problème de cette affirmation, c’est qu’elle est fausse. Les allégements de cotisations sociales sur les bas salaires furent introduits par le gouvernement Balladur en 1993, puis renforcé sous Juppé en 1996, bien avant les 35 heures. L’objectif était de réduire le coût du travail peu qualifié. Certes, de 1998 à 2002, ces allégements furent - partiellement et provisoirement - conditionnés à la réduction du temps de travail : les entreprises signant des accords «35 heures» plus vite que les autres bénéficiaient d’allégements plus importants. Mais ce mécanisme incitatif a disparu en 2002, quand la durée légale du travail est passée à 35 heures pour tous. Le gouvernement Raffarin mit alors en place «l’allégement Fillon» (du nom du ministre du Travail de l’époque). Ce nouveau système de réduction de cotisations sociales sur les bas salaires, qui s’applique depuis près de dix ans (2002-2011), amplifie les dispositifs Balladur-Juppé en vigueur en 1993-1998 et est indépendant du temps de travail. Attribuer aujourd’hui ces allégements aux 35 heures, alors qu’ils ont été mis en place, amplifiés et pérennisés par des gouvernements de droite, relève de la désinformation pure et sim

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