On a beau chercher dans l'histoire riche et tumultueuse des grands accidents d'entreprise, l'affaire baroque qui secoue Renault est sans équivalent. Cet incroyable polar dont nul ne peut encore prévoir le final, tiendra à coup sûr une place à part dans les manuels de management. Ni Perrier, sévèrement secoué par la destruction de 160 millions de bouteilles pour cause de trace de benzène, ni Total, abîmé dans le naufrage de l'Erika, ni même Valeo, piégé par sa fameuse stagiaire chinoise, n'avaient eu à subir pareil supplice. Les dirigeants de la plus célèbre entreprise française vivent depuis des semaines dans la hantise d'une issue boomerang qui mettrait au jour une tragique méprise interne et une faillite en cascade des instances de management de la firme.
A ce stade de l’enquête, une même question taraude tous les observateurs : comment ce champion national a-t-il pu se retrouver en aussi fâcheuse posture ? Risquons une hypothèse. Dans ce modèle géant d’entreprise industrielle imprégné de culture japonaise règne le process, la norme, une organisation complexe et rationnelle du travail poussée à l’extrême, de l’usine au marketing, de la chaîne de production au centre de recherche. Ce bel agencement, réglé comme une implacable mécanique de précision, fait aussi le succès de Renault et de son alliance avec le japonais Nissan dans une économie mondialisée. Mais ce système-là ne souffre aucun raté, et quand l’humain et donc l’irrationnel surgissent, alors tout dérape et




