Vue d’Europe, il est une réalité japonaise qui ne cesse d’étonner et de susciter des incompréhensions. Comment se fait-il que le Japon ait une dette publique supérieure à 200% de son PIB (deux années de produit intérieur brut), et que personne ne semble s’en inquiéter ? A quelle réalité, à quels choix politiques correspond cette dette colossale ? Tous ces chiffres exprimés en pourcentages de PIB ou en milliers de milliards - dont on nous abreuve quotidiennement - ont-ils un sens, ou bien doit-on tourner la page dès qu’ils réapparaissent ?
Pour essayer de leur donner du sens, le mieux est de se reporter aux comptes nationaux, qui, dans la plupart des pays, portent désormais sur les stocks d’actifs (immobiliers et financiers) et de passifs (dettes) détenus par les uns et les autres (ménages, entreprises, gouvernement, reste du monde), et non seulement sur les flux de productions et de revenus.
Ces comptes ne sont certes pas parfaits. Par exemple, au niveau mondial, les positions financières nettes sont globalement négatives, ce qui est logiquement impossible, sauf à supposer que nous serions en moyenne possédés par la planète Mars… Plus sûrement, cette incohérence indique qu’une part non négligeable des actifs financiers détenus dans des paradis fiscaux et par des non-résidents n’est pas correctement enregistrée comme telle. Comme l’a récemment montré Gabriel Zucman, cela affecte notamment la position nette extérieure de la zone euro, qui est probablement beaucoup plus positive




