On ne répétera jamais assez que la carte est un objet construit ! La carte n’est pas la réalité, mais une représentation de la réalité. Elle est une reconstruction du réel, une sélection de certaines de ses dimensions, opérée par un concepteur qui fait aussi un certain nombre de choix techniques (couleurs, catégories, symboles) déterminants. Avec OpenStreetMap, le monopole longtemps détenu par les géographes et les cartographes est profondément disputé puisque le nombre de concepteurs de cartes est dorénavant infini.
Cette démocratisation de la cartographie bouleverse la manière de penser la conception même d’une carte - en imposant la carte interactive et évolutive, en s’appuyant sur le savoir et l’expérience de chacun d’entre nous - mais aussi sa fonction éminemment stratégique. Bien des géographes l’ont déjà dit : la carte est un objet stratégique parce qu’elle est un objet de pouvoir. Celui des géographes certes, mais surtout celui des commanditaires pour qui les géographes peuvent travailler (pouvoirs publics, médias, grandes entreprises…). Qu’importe si la vérité est parfois ailleurs, les cartes comme les chiffres font – de manière quasi naturelle ! – autorité, et l’enjeu est souvent de parvenir à les mobiliser dans le cadre d’un plan de com bien huilé.
OpenStreetMap a le potentiel de transformer fondamentalement cette conception de la carte en ouvrant de nouveaux horizons, et en devenant le lieu de la fabrication de représentations alternatives, voire subversives. Cela