Ils sont indignés, quartier par quartier. Atteindre le local, toucher les citoyens, entendre leurs besoins, capter sur chaque place et à chaque coin de rue l'énorme envie d'agir qui parcourt la population : c'est la nouvelle forme d'organisation du mouvement de protestation né à Madrid. On s'indigne localement, via la tenue hebdomadaire d'assemblées populaires dans tous les quartiers de la capitale espagnole. C'est ce que le journal El País a très judicieusement baptisé «le big-bang du 15-M», l'appel à la mobilisation ayant été lancé le 15 mai dans 58 villes espagnoles.
En projetant son énergie au plus près des gens, en multipliant les centres de décision et les espaces d'action, le mouvement a éclaté sans se disperser. Au contraire, il s'est régénéré et attire chaque jour de nouveaux participants. Alors même qu'on glosait sur l'inéluctable déclin des «Indignados», qu'on pronostiquait qu'«ils ne passeraient pas l'été» au moment où l'Espagne tout entière plonge dans la torpeur des vacances, on les voit revivre dans une nouvelle forme de mobilisation : les indignés de proximité.
Voisins. Lorsqu'ils ont levé le campement de la Puerta del Sol, le 13 juin, ces révoltés consciencieux ont maintenu le modèle d'organisation exemplaire qui avait d'emblée dissuadé de les assimiler à une rébellion éphémère. D'anciennes assemblées de quartiers ont alors récupéré la cause des Indignés et de nouvelles se sont créées un peu partout. Aujourd'hui, 110




