Professeur à Harvard, Kenneth Rogoff a été chef économiste du Fonds monétaire international. Il a publié en 2009 avec Carmen Reinhart Cette fois, c'est différent, huit siècles de folie financière (Pearson), sur l'histoire des crises.
Sommes-nous face à un nouveau krach ?
Nous sommes à un moment de grande nervosité où les marchés s’ajustent à une croissance ralentie. La nervosité tient aussi au manque de leadership : nos dirigeants politiques ont perdu en crédibilité. Je ne serais pas surpris si les marchés continuaient de chuter. Dans une crise financière comme celle que nous traversons, il peut se passer quatre ou cinq ans avant que le chômage cesse d’empirer. Nous datons le début de la crise à l’été 2007 : il faudra sans doute encore deux ou trois ans avant que les choses se normalisent. Cela ne veut pas dire que ça va aller de mal en pis, mais peut signifier une reprise lente, avec beaucoup de volatilité.
Que faut-il faire ?
Il faut d’abord cesser de considérer que nous sommes dans une récession ordinaire. Nous sommes dans ce que nous avons appelé une «grande contraction», comme il n’en arrive que tous les soixante-quinze ans. Aux Etats-Unis et en Europe, la dette est le problème numéro 1, numéro 2 et numéro 3. Elle est le principal obstacle à la croissance. La grande erreur qu’ont faite les dirigeants européens, comme d’ailleurs la plupart des analystes à Wall Street, a été de croire que la récession va passer, qu’il suffit d’attendre. Ce qu’il faut en premier lieu, c’est admettre que toute la dette accumulée ne sera jam




