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Libération

Pauvre comme Jobs

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ParThomas Piketty
directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris.
Publié le 25/10/2011 à 0h00

Tout le monde aime Steve Jobs. Plus encore que Bill Gates, il est devenu le symbole de l’entrepreneur sympathique et de la fortune méritée. Car, si le fondateur de Microsoft a prospéré grâce à son quasi-monopole de fait sur les systèmes d’exploitation (il fallait tout de même inventer Windows), le créateur d’Apple a multiplié les innovations (iMac, iPod, iPhone, iPad…) révolutionnant à la fois les usages et le design de l’informatique.

Certes, personne ne sait très bien la part du travail apportée par ces génies individuels et celle des milliers d’ingénieurs dont on a oublié le nom (sans parler des chercheurs en électronique et en informatique fondamentale, sans qui aucune de ces innovations n’aurait été possible mais qui n’ont pas breveté leurs articles scientifiques). Il reste que chaque pays, chaque gouvernement, de droite comme de gauche, ne peut que souhaiter l’émergence de tels entrepreneurs.

Dans l'ordre symbolique, Jobs et Gates incarnent en outre la figure du riche méritant, très apaisante par les temps qui courent. On en viendrait presque à conclure que leurs fortunes (8 milliards de dollars pour Jobs, 50 milliards, pour Gates, d'après les classements du magazine Forbes)[soit 5,7 et 36 milliards d'euros, ndlr] sont exactement ce qu'elles devraient être dans un monde idéal, et que décidément tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Malheureusement, la fortune n'est pas qu'affaire de mérite, et avant de s'abandonner à ce sentiment de béatitu

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