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Libération

Repenser (vite) le projet européen

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ParThomas Piketty
directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.
Publié le 22/11/2011 à 0h00

Disons-le d’emblée : le calamiteux directoire Sarkozy-Merkel est sur le point de faire exploser la construction européenne. Voici deux ans que ces deux-là nous annoncent tous les mois des sommets de la dernière chance et des solutions durables, immédiatement démentis par les faits quelques semaines plus tard. Le 27 octobre, on est allé jusqu’à demander à la Chine et au Brésil de nous prêter de l’argent pour nous aider à sortir de la crise de la zone euro… Ce pathétique appel à l’aide restera sans doute comme le sommet de l’incompétence économique et de l’impuissance politique du quinquennat Sarkozy.

Pour une raison simple : nous sommes la zone économique la plus riche du monde, et cela n’a aucun sens de demander de l’aide à des pays plus pauvres que nous… Le PIB de l’Union européenne dépasse les 12 000 milliards d’euros (9 000 milliards pour la zone euro), contre 4 000 milliards pour la Chine et 1 500 milliards pour le Brésil. Surtout, les ménages de l’Union européenne possèdent un patrimoine total de plus de 50 000 milliards d’euros (dont plus de 25 000 milliards d’actifs financiers). Soit 20 fois plus que les réserves chinoises (2 500 milliards d’euros) et 5 fois plus que la totalité des dettes souveraines européennes (10 000 milliards). Nous avons parfaitement les moyens de résoudre tous seuls nos problèmes de finances publiques - pour peu que l’Europe cesse de se comporter comme un nain politique et une passoire fiscale.

Il y a plus grave encore. Aujourd’hui, l’Europe est

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