Dix ans déjà. Dix ans que les 8,1 milliards de pièces frappées à Pessac (Gironde) et les 14,25 milliards de billets imprimés à Chamalières (Puy-de-Dôme) ont chassé le franc. A l'idée de ce séisme, les gouvernements avaient multiplié les précautions, redoutant le pire. François Rachline, aujourd'hui professeur à Sciences-Po, baignait alors dans la psychose - il était maître de conférence à Nanterre et conseillait une grande entreprise américaine, inquiète du passage à l'euro. Il se souvient d'une virée en province de Yves-Thibault de Silguy, commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires, essayant de convaincre les foules des bienfaits du passage à l'euro : «Il racontait partout la même histoire, celle du touriste débutant son tour d'Europe avec un billet de 1 000 francs» et qui change son pécule, à chaque de frontière, dans la devise du pays visité. «Au bout de son périple, à cause des frais de change et sans avoir rien acheté, il ne lui restait que 500 francs en poche.»Comme s'il lui fallait convaincre du grand bénéfice de la monnaie unique des citoyens qui avaient déjà tout compris.
De fait, la bascule en euros se passe comme sur un petit nuage, dans une euphorie qu'aucun politique n'avait osé imaginé. Et, le 17 février 2002, lorsqu'un décret entérine la fin du cours légal, le franc est bien mort. La preuve ? Une semaine plus tôt, 95% des règlements en espèces étaient déjà effectués en euros, signe de la confiance. L'inflation, tant red




